La collection de Guy

J’ai eu la chance d’avoir été invité par Guy pour voir sa collection de films et de projecteurs avec notamment beaucoup de modèles rares comme les projecteurs italien FUMEO ou encore les projecteurs français Buisse Bottazzi. J’ai pu remarquer que souvent au sein d’une collection il y a une ligne directrice. Certains collectionneurs sont plus attirés par le coté mécanique, donc chez eux on retrouvera en majorité des projecteurs et de préférence des anciens modèles et pour d’autres cela peut être le format de la pellicule, l’époque ou encore le genre de film. Ici chez Guy, c’est le Super8 qui règne.

Dans sa collection on trouve tous les styles de film qui ont été produits et vendus par diverses sociétés d’édition comme film office, Hefa ou encore Pathé mais on peut également trouver beaucoup de longs métrages.

En super8 il existe deux types de copies. Les extraits ou abrégés qui sont des séquence de film ou un condensé du film. Ces abrégés peuvent exister en une ou plusieurs bobines allant de 20min à 1heures. Ces copies ont été dans la majorité des cas produites par les grands distributeurs et c’est ce qu’on peut trouver le plus facilement en vente. L’avantage de ce format est de pouvoir facilement et rapidement organiser des séances de projection courtes tout profitant des sensations de la projections cinématographique. 

L’autre type de copies existantes, plus rares à trouver, sont les longs métrages. Beaucoup de ces copies ont été produites par des laboratoires indépendants qui n’avaientt pas toujours les droits pour produire ces films. On pourra notamment citer les copies pirates italiennes.

Bien qu’on trouve les deux types de copie dans la très grande collection de film Super8 de Guy, on notera la présence de film produits par la prestigieuse compagnie Derann. Il possède notamment les films “Autant en emporte le vent” qui dure environ 4 heures, ou encore “Terminator”. 

Les copies Derann sont considérées comme étant les meilleures copies Super8 en termes de qualité d’images.

Une petite vidéo montrant le projecteur japonais Chinon SS1000 en marche.  

La bobine projeté est l’épisode “Music Land” de la série de court métrage Silly Symphonie produites par Disney entre 1929 et 1939. Cette copie est une curiosité car il y a un default de développement, le film a été développé à l’envers. Vous pourrais apercevoir que les texte sont en miroir. 

Petit aparté sur la compagnie Derann

Derann a été fondée en 1964 par un couple de passionné anglais, dont les prénoms constituaient le titre de la société. À l’origine, louant des films 8 mm dans une chambre d’amis de leur maison de Stourbridge, leur entreprise s’est progressivement développée et ils ont finalement déménagé dans des bureaux au centre-ville de Dudley.
Au cours des années suivantes, la société a réussi à conclure des accords avec des grandes sociétés de distribution tels que la 20th Century Fox et Disney, leur donnant les droits de productions et de ventes de résumés de film ou encore des films complets. Au début des années 1980, on estime que la société détenait environ 10 000 titres dans sa bibliothèque, dont beaucoup étaient exclusifs à Derann.
Alors que les stocks de pellicule commençaient à disparaître, la production de films a été arrêtée en 2010.

La pièce maitresse de la collection de Guy :

Voici un modèle très rare que beaucoup de collectionneur ne connaisse pas, le projecteur super8 de la marque italienne FUMEO modèle 9145. Cette belle bête de plus de 50kg (+42kg pour l’alimentation de la lampe) fait partie des rares avec le ELMO GS1200 à embarquer la technologie xénon.

Ces projecteurs étaient uniquement fabriqués sur commande et selon un cahier des charges discuté avec le client. C’est pourquoi on en trouve peu et que chaque modèle est différent. La particularité des modèles FUMEO c’est qu’ils acceptent des bobines de 750m contre 250m pour les modèle commun et 360m pour les modèles haut de gamme. Cette grande capacité de projection permet de réaliser des projections de plus de 2 heures et ainsi éviter de devoir changer de bobine en cours de projection. Le tout en profitant de l’éclairage xénon permettant d’avoir la meilleure qualité d’image possible sur pellicule argentique.

Vous trouverez ci-dessous des photos du projecteur sous toutes ces coutures.

Caractéristiques du projecteur :

  • Xénon 500 W
  • Fonctionnement avant et arrière
  • 18 et 24 ips
  • Son magnétique et optique
  • Amplificateur intégré avec entrée micro
  • Source d’alimentation redresseur 30 A

 

Bien que ça collection soit majoritairement consacrée au Super8, on retrouve également des films 16mm et bien entendu des projecteurs pour ce format. Parmi les belles pièces que j’ai pu voir, il y a le très beau projecteur de la prestigieuse marque française Buisse & Bottazzi, le modèle 9. 

Le Type 9 est un formidable projecteur 16mm fabriqué à Lyon au sein de l’entreprise fondée en 1949 par messieurs Jean Buisse et Paul Bottazzi. Durant 50 ans, cette petite entreprise a produit avec passion des projecteurs sans faire aucune concession sur la qualité. On peut les considérer comme la “Rolls Royce” des projecteurs.

 

La particularité de cette marque, chaque pièce était usinée puis ajustée à la main, chaque projecteur était monté par ses deux fondateurs et une poignée d’ouvriers, le tout dans un petit atelier silencieux dans le troisième arrondissement de Lyon.

Vous trouverez ci-contre des photos et une vidéo montrant le chargement d’un projecteur Buisse & Bottazzi avec en prime une compilation de publicité d’époque. 

Voici un autre projecteur 16mm de la collection de Guy , le Fuméo modèle 919 capable lui aussi d’accepter les grandes bobines de 700m.

Comme tout bon électronicien et collectionneur qui se respecte, il ne faut pas avoir peur de mettre les mains dans la pâte pour pouvoir pour les projecteurs qui ont pas trop souffert les réparer sinon pour les moins chanceux d’entre eux les restaurer.  Et pour pouvoir faire ça, un atelier est nécessaire.

Vous trouverez ci-contre l’atelier de Guy :

C’est grâce à ces compétences qu’il a pu restaurer et remettre en état les très beaux projecteurs qu’il a dans sa collection. 

 

Merci à Guy de m’avoir m’accueillis afin de me faire découvrir des projecteurs et des copies de film peu courant.

Galerie photo

Extrait d'article sur Buisse-Bottazzi

Revue “Club Niépce lumière” N°75: Cliquez-ici

Extraits du livre « Buisse et Bottazzi, enfants des Lumière » de Bernard Violet.

1952-1959
[…] Mais revenons au sujet qui nous préoccupe. Nos deux ajusteurs monteurs [NDR : messieurs Buisse et Bottazzi] dès la Libération ressortent leur projet des cartons, construisent leur petit atelier avenue des Acacias et se lancent dans la construction de leur premier appareil de projection.

En 35mm et à destination professionnelle. Une dizaine d’exemplaires construits à temps perdu durent vendus. En 1995, cinq étaient toujours en exploitation dont les deux premiers au foyer de Montchat [NDR : Lyon, 3ème], l’entreprise était alors en concurrence avec une douzaine de fabricants français, sans compter les Allemands, Italiens, puis plus tard le Tsunami Japonais, la fabrication industrielle de matériel de Cinéma pour répondre à la demande croissante d’une nouvelle clientèle, amateurs, conférenciers, ciné-clubs, etc… La réaction de nos deux amis ne se fit pas attendre, sans autres titres que leurs diplômes de la société d’enseignement professionnel du Rhône, sans financement exceptionnel, ils ont ajouté à leurs compétences dans le travail des métaux, celles de l’électronique et de l’optique, la boucle fut bouclée, le premier projecteur 16mm puis tri-film (8mm, 9,5mm, 16mm) B&B vit le jour. Une mécanique parfaite, permettant par échange des débiteurs, du couloir et du presseur son, la lecture ou l’enregistrement de la bande sonore, qu’elle soit située à la droite ou la gauche de la pellicule, par un lecteur de son mobile.

Le tri-film B&B est un véritable mouton à cinq pattes, convenant à cette époque où amateurs et professionnels se répartissaient sur trois formats. Mais la concurrence et le prix pratiqué par les gros fabricants, Heurtier et son tri-film en France, Paillard en Suisse, ne permit la fabrication et la mise sur le marché que d’une dizaine d’exemplaires, tous jalousement conservés par leurs propriétaire. Très vite la production se recentra sur le modèle mono-film 16mm qui vint concurrencer Debrie et Pathé vieillissant, environ 200 unités du Type 5 furent produites, dont beaucoup sur-mesure, un spécificité-maison.

1960-1968
[…] Au début de la décennie, un nouveau modèle vit le jour, baptisé simplement « modèle vert » (Type 6 ou 7 suivant les variantes, ou les commandes), ce fut le plus diffusé des 16mm, environ 350 unités furent commercialisées. Beaucoup furent adaptés aux souhaits des acquéreurs. Il trouva sa place dans les cabines de projection de nos villages, remplaçant petit à petit les Hortson de nos pères en fin de vie, avec l’apport d’un équipement moderne. Une lanterne Xénon remplaçant avantageusement les anciennes lanternes à charbon, ou nos lampes P¨28 d’alors. Résolument moderne, techniquement parfait, la Rolls des projecteurs.

Le B&B modèle 9 vit le jour à une époque où le 16mm était le format roi dans nos villes et villages, les constructeurs Allemands et Japonais ne laissant que peu de place à notre petit entreprise, qui ne s’intéressait que fort peu à la publicité de ses produits, on venait à l’atelier de la part de connaissance, pour commander son appareil, pour un livraison à quelques mois, voire une année. Un autre monde face aux industriels qui livraient leurs appareils livrés en grande séries à un meilleurs pris (Elmo, Eiki, Bauer). Ce projecteur B&B modèle 9était alors exceptionnel, optique et magnétique, enregistreur, équipé de bras de 1500 mètres, d’une lampe 24V 250W, permettait la projection d’un film complet sans entracte. Le problème ? Son prix. D’où son accueil mitigé. Aujourd’hui après plus de quarante années il demeure très recherché. Environ 250 appareils furent produits dont certains en double bande (brevet déposé par Buisse) à destination des médias et de la télévision, ou équipée avec lanterne Xénon de puissance variable pour les salles non encore équipées en 35mm.